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Comment le nouveau partenariat de l’Arménie avec les États-Unis pourrait affecter son secteur énergétique

Comment le nouveau partenariat de l’Arménie avec les États-Unis pourrait affecter son secteur énergétique

Erevan et Washington ont signé une charte de partenariat stratégique, marquant une nouvelle étape dans les relations bilatérales. Bien que l’accord n’inclut pas de garanties de sécurité, une préoccupation pressante pour l’Arménie dans le contexte du cessez-le-feu instable avec l’Azerbaïdjan, il répond directement à ce que beaucoup considèrent comme la deuxième priorité du pays : la sécurité énergétique.

CivilNet a écrit en août que l’Arménie pourrait rejoindre l’accord dit 123, qui permettrait à Washington de coopérer avec Erevan dans le domaine de l’énergie nucléaire civile. Cet accord pourrait inclure le transfert de technologies nucléaires, l’approvisionnement en combustible et même la construction potentielle d’une nouvelle centrale nucléaire en Arménie. Maintenant que le partenariat stratégique a été signé, il est évident que les deux pays se rapprochent d’un niveau de collaboration qui, il y a quelques années seulement, semblait impensable aux experts et au public arménien.

Que dit la charte?

La charte, signée la semaine dernière, met l’accent sur un engagement commun en faveur d’un « secteur énergétique performant, résilient et sûr, axé sur le marché » en Arménie. Parmi les domaines clés évoqués figurent la diversification de la production énergétique de l’Arménie, l’augmentation de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique du pays et l’amélioration de la connectivité énergétique avec les marchés régionaux et européens. Notamment, la charte comprend également des plans pour développer un programme d’énergie nucléaire civile en Arménie, adhérant aux normes les plus élevées de sûreté, de sécurité et de non-prolifération.

Un communiqué de presse du secrétaire d’État américain a également révélé que les deux pays entameront des négociations sur un accord 123. Une fois conclu, cet accord fournira à l’Arménie une plate-forme pour une collaboration renforcée dans le domaine de l’énergie nucléaire avec les États-Unis, comme l’exige la loi fédérale américaine. Washington a actuellement de tels accords avec 48 pays et territoires.

Quel est le contexte?

Metsamor, la seule centrale nucléaire d’Arménie, a été lancée en 1976. Bien que l’installation soit restée intacte après le tremblement de terre dévastateur de 1988 en Arménie, le gouvernement soviétique a décidé de la fermer peu de temps après. Moscou, qui ne voulait pas prendre le moindre risque en faisant fonctionner un réacteur nucléaire dans une zone sismique active, a cédé à la défiance croissante de l’opinion publique envers l’énergie nucléaire, largement alimentée par la catastrophe de Tchernobyl en Ukraine en 1986.

La fermeture de Metsamor a joué un rôle clé dans la crise énergétique du début des années 1990 en Arménie, qui s’est aggravée lorsque l’Azerbaïdjan a coupé l’approvisionnement en gaz naturel pendant la première guerre du Haut-Karabakh, tandis que le flux de gaz en provenance de Géorgie est devenu sporadique, avec des dommages répétés au gazoduc traversant les régions du pays peuplées d’Azerbaïdjanais. Sans gaz pour alimenter ses centrales thermiques et Metsamor hors service, l’Arménie a fait face à une catastrophe humanitaire dévastatrice. Cette période a vu un exode massif d’Arméniens à la recherche de meilleures conditions de vie à l’étranger, ce qui a eu un impact significatif sur la démographie du pays et a entravé sa croissance économique, dont les répercussions de la crise se font encore sentir aujourd’hui.

La sécurité énergétique dans un contexte de monopole russe

Avec une capacité de 400 MW, Metsamor répond actuellement à environ 30 % des besoins énergétiques nationaux de l’Arménie. Initialement prévue pour être fermée en 2017, sa durée de vie a été prolongée à plusieurs reprises. Les opérations de la centrale dépendent entièrement de la compagnie d’énergie atomique publique russe Rosatom, notamment de l’approvisionnement en combustible nucléaire. Le gouvernement arménien a signé un accord de modernisation et de rénovation de 65 millions de dollars avec Rosatom en décembre 2023 pour maintenir l’installation de l’ère soviétique en activité jusqu’en 2036. Après cette date, elle devra être démantelée.

Bien que Metsamor soit détenue par le gouvernement arménien, la plupart des autres producteurs d’énergie et infrastructures du pays sont contrôlés par des entités russes. La cascade Sevan-Hrazdan, un complexe de centrales hydroélectriques de l’ère soviétique fournissant environ 10 % de l’électricité arménienne, appartient au groupe russe Tashir, contrôlé par le milliardaire Samvel Karapetyan. Tashir possède également les réseaux électriques d’Arménie et la centrale thermique de Hrazdan, qui dépend du gaz naturel fourni par le géant russe des combustibles fossiles Gazprom. Ce dernier contrôle également le réseau de distribution de gaz de l’Arménie. Parmi les exceptions notables à cette domination figurent la cascade de centrales hydroélectriques de Vorotan, propriété des États-Unis, et la centrale thermique d’Erevan, propriété de l’État, lancée en 2021.

Une telle dépendance à l’égard de la Russie dans le secteur énergétique arménien présente des risques importants, en particulier compte tenu du fossé croissant entre les gouvernements des deux pays. L’Arménie continue d’être économiquement dépendante de la Russie, tant pour les importations que pour les exportations, la sécurité alimentaire restant une préoccupation majeure. Bien que le pays soit devenu moins dépendant des transferts de fonds de la Russie ces dernières années, avec moins d’Arméniens cherchant du travail dans ce pays, la question de la sécurité alimentaire reste pressante. De plus, la diversification économique de l’Arménie est en retard par rapport aux objectifs ambitieux déclarés par le gouvernement. L’importance de diversifier la sécurité alimentaire a également été soulignée dans la charte de coopération stratégique avec les États-Unis.

En réponse aux risques énergétiques, le Premier ministre Nikol Pashinyan a annoncé en février dernier qu’Erevan pourrait étudier la possibilité de construire une centrale nucléaire modulaire de conception américaine, qui pourrait produire jusqu’à 300 MW d’électricité et remplacer Metsamor. Le gouvernement estime que cette option pourrait non seulement offrir une plus grande sécurité énergétique, mais aussi être plus sûre qu’un réacteur nucléaire traditionnel.

Dans combien de temps l’Arménie pourra-t-elle passer à une production d’énergie nucléaire soutenue par les États-Unis ?

Les pays exploitant des centrales nucléaires de conception soviétique changent de plus en plus de fournisseurs de combustible nucléaire, a déclaré à CivilNet Hakob Vardanyan, ancien vice-ministre arménien de l’Énergie. Il a cité la Bulgarie, la Tchéquie et d’autres pays qui sont passés du combustible nucléaire russe aux fournisseurs américains.

Vardanyan a souligné que de telles transitions sont possibles même dans des circonstances extraordinaires, en prenant l’Ukraine comme exemple principal. Les centrales nucléaires ukrainiennes, qui, comme celles de l’Arménie, dépendaient auparavant du combustible nucléaire russe, ont réussi à passer au fournisseur américain Westinghouse après que la Russie a annexé la Crimée et utilisé ses mandataires pour déclencher une guerre dans les régions orientales du pays en 2014. Vardanyan a noté que ce changement a été accompli dans un laps de temps remarquablement court.

Bien que le partenariat stratégique ait été signé dans les derniers jours de l’administration Biden, le processus de finalisation de l’accord 123 pourrait prendre des années, et l’implication des États-Unis dans les questions du Caucase du Sud devrait diminuer sous Donald Trump. Cependant, cette décision reste une étape cruciale pour l’Arménie, offrant une opportunité de diversifier considérablement son secteur énergétique et de renforcer sa sécurité énergétique alarmante.

Par Alexander Pracht

Traduction: Ani Paitjan

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