Défendre l’unité du CCAF : un impératif moral et politique

Par Tigran Yégavian
Dans quelques mois, le CCAF va entreprendre une réforme audacieuse, visant à améliorer
la représentativité d’une communauté extrêmement hétéroclite mais aussi à démocratiser
celle-ci via le pari audacieux d’une élection.
Nombreuses sont les voix dissonantes, les sceptiques qui ne peuvent croire en un passage de relais vers une nouvelle génération.
Dans les moments de dispersion, de doute ou de crispation, où l’Arménie est extrêmement
vulnérable, et la diaspora n’a jamais été aussi fragile, il est bon de rappeler les
fondamentaux. Le Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France
(CCAF) n’est pas une association parmi d’autres: il incarne, depuis plus de vingt ans, la voix
collective des Arméniens de France. Une voix qui a su conjuguer mémoire et action, fidélité
et ouverture, conscience diasporique et responsabilité citoyenne.
Le CCAF n’a jamais été un simple « lobby mémoriel ». Il a su donner un sens politique,
éthique et culturel à la présence arménienne en France. C’est sous son impulsion que furent
menées certaines des batailles les plus emblématiques de notre communauté.
C’est d’abord la reconnaissance du génocide de 1915 et la lutte contre son négationnisme, portée dans l’espace public, parlementaire et judiciaire.
C’est ensuite, la création d’un dialogue institutionnalisé avec les autorités françaises, qu’il s’agisse de la présidence de la République, du Quai d’Orsay ou des collectivités locales. Nul autre pays de la diaspora ne peut se targuer d’avoir un tel degré de représentativité au niveau des instances dirigeantes nationales à des manifestations organisées par le CCAF.
Mais aussi, l’organisation d’un dialogue intergénérationnel entre associations, institutions culturelles, écoles, médias et églises, sans jamais confondre unité et uniformité. La participation active à la vie républicaine française, dans un esprit d’intégration assumée et de fidélité à l’histoire de la diaspora arménienne de France.
Toutes ces réalisations ne sont pas le fruit du hasard, mais celui d’un travail collectif, patient, ancré dans la durée, porté par des bénévoles, des élus, des intellectuels et des citoyens conscients de leur responsabilité vis-à-vis du destin du peuple arménien.
Une unité précieuse, aujourd’hui fragilisée
Or, depuis quelque temps, certains s’emploient à fragiliser cette unité au nom d’une
prétendue « modernisation » du discours ou d’une fidélité absolue à tel ou tel gouvernement
d’Erevan.
Ce jeu dangereux ne trompe personne: derrière les appels à « renouveler » ou à
« réformer » se cache souvent la tentation de fragmenter la communauté pour mieux exister
médiatiquement, ou pour satisfaire des ambitions personnelles.
Derrière le masque apparent d’une lutte contre les prétendus agents de Moscou, les opposants à la réforme du CCAF peinent néanmoins à faire part de leurs projets pour
améliorer la gouvernance diasporique mais aussi rehausser un débat public d’une médiocrité abyssale.
L’unité du CCAF dérange précisément parce qu’elle incarne une autorité morale, un point
d’équilibre entre des sensibilités multiples : celles de la mémoire du génocide, de la solidarité avec l’Arménie, de l’attachement à la République française.
Cette unité n’a jamais signifié unanimisme. Le CCAF n’est pas l’appendice d’un parti, ni d’un État. Il n’a jamais parlé « au nom » du gouvernement d’Arménie, mais au nom d’une conscience collective, celle d’une diaspora libre, indépendante, loyale envers la France et solidaire du peuple arménien.
Refuser les instrumentalisations
Il faut le dire avec clarté: instrumentaliser la relation avec Erevan pour servir des intérêts
locaux ou personnels, c’est trahir l’esprit même de la diaspora.
Ceux qui prétendent parler au nom d’une Arménie « authentique » en opposant les uns aux
autres, ceux qui jouent sur les fractures entre pro et anti-gouvernementaux, oublient une
vérité simple: le sort de l’Arménie dépend aussi de la cohésion morale et politique de sa
diaspora.
La diaspora arménienne de France n’a pas vocation à être le prolongement d’une querelle
partisane importée d’Erevan. Elle doit demeurer un espace de rassemblement, de débat, de
loyauté et de lucidité. Le CCAF en est le garant historique.
On l’aura compris, l’unité n’est pas une option mais une responsabilité. À l’heure où l’Arménie vit une période d’incertitude et de vulnérabilité sans précédent, la division de la diaspora serait une faute historique.
Ce que l’on attend de nous, ce n’est pas une fidélité aveugle à un pouvoir, mais une fidélité
exigeante à une cause : la survie, la dignité et la renaissance du peuple arménien.
Le CCAF a toujours su conjuguer l’émotion et la raison, la mémoire et la diplomatie, l’action
et la réflexion. Il a su parler d’une seule voix dans les moments décisifs, ce qui a valu à la
communauté arménienne de France d’être respectée et écoutée. C’est cette voix collective
qu’il faut aujourd’hui défendre contre les vents de la division et de la récupération.
Tigrane Yegavian










